Nouveau rapport stratégique de la CME sur l'éducation et le handicap
© Light for the World, membre international de la CME.
Des enfants en classe s’entraident. École inclusive pilote à Sucre, en Bolivie. 30 % des élèves de cette école sont en situation de handicap. (Partenaire local : Escuela Taller de Integración).
Le nouveau rapport de la Campagne mondiale pour l’éducation est axé sur le handicap et l'éducation, et met en lumière les défis considérables que constitue pour les enfants handicapés la réalisation de leur droit à l'éducation. Le rapport a été élaboré avec l'appui d'Handicap International, membre de la CME.
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Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, les enfants handicapés figurent souvent parmi les groupes les plus exclus de l'éducation. Lorsque les enfants handicapés réussissent à aller à l'école, ils n'ont souvent accès à l'éducation que dans des établissements qui leur sont réservés, ce qui contribue à les marginaliser encore davantage vis-à-vis de leur communauté.
Ce rapport synthétise les données probantes actuelles sur l'ampleur du défi, en mettant en relief les niveaux d'exclusion de l'éducation auxquels font face les enfants handicapés, ainsi que les barrières courantes qui entravent leur accès à une éducation de qualité. Il a également pour but de plaider en faveur des systèmes d'éducation inclusifs, dans lesquels les enfants handicapés sont intégrés à des établissements classiques, et où les écoles et les salles de classe sont adaptées pour répondre efficacement à leurs besoins. Enfin, le rapport récapitule les réponses politiques qui peuvent contribuer à lever les barrières courantes – depuis la famille, les communautés locales et les gouvernements nationaux, jusqu'à la communauté internationale – et présente un grand nombre de domaines d'action clairs et de recommandations politiques pour les gouvernements, les donateurs et la communauté internationale.
Education des enfants en situation de handicap : mêmes chances ?
Dans beaucoup de pays à revenu faible et intermédiaire, les enfants handicapés sont plus susceptibles de ne pas aller à l'école que n'importe quel autre groupe. Les taux d'inscription scolaire initiale de ces enfants sont très faibles. Les enfants handicapés, même s'ils sont scolarisés, ont souvent une probabilité bien supérieure d'abandonner les études et de quitter l'école. Dans certains pays, le seul fait d'être handicapé peut plus que doubler le risque pour un enfant de ne pas être scolarisé, en comparaison de ses camarades non handicapés.
Au Malawi et en Tanzanie, par exemple, la probabilité de n'avoir jamais été scolarisé est multipliée par deux pour un enfant handicapé par rapport à un enfant non handicapé.
Au Burkina Faso, être atteint d'un handicap multiplie par deux fois et demi le risque pour les enfants de ne pas être scolarisés. Selon une autre étude, les taux d'inscription dans l'enseignement primaire ont atteint 78 % en 2012 au Burkina Faso. Toutefois, seuls 16 % environ des enfants en situation de handicap physique reçoivent une éducation primaire.
La situation des filles handicapées est bien pire que celle des garçons. Selon une étude réalisée au Malawi, parmi les enfants handicapés qui ne sont jamais allés à l'école, le pourcentage de filles est bien plus élevé. Par exemple, des statistiques nationales au Ghana montrent que le taux d'alphabétisation des adultes sans handicap s'élève à 70 %, se contracte à 56 % pour les adultes handicapés, et tombe à seulement 47 % pour les femmes handicapées.
Pour les enfants handicapés qui réussissent à entrer à l'école, il existe un risque que la qualité et la forme de la scolarisation qu'ils reçoivent – souvent dans des écoles qui leur sont réservées – aggravent considérablement leur exclusion et confortent les idées reçues sur le handicap préexistantes dans la société.
Le combat contre cette discrimination grave est urgent à plusieurs égards. Premièrement, cette négation du droit à l'éducation prive les enfants des bénéfices futurs d'une éducation et de la possibilité d'accéder à d'autres droits – par exemple, en limitant les opportunités d'emploi ou la participation aux activités publiques plus tard au cours de leur vie.
Il restreint leur pleine participation dans la société, exacerbe l'exclusion et réduit leurs chances d'échapper à la pauvreté. Pour cette raison, et à cause de tous les autres obstacles auxquels elles sont confrontées, les personnes en situation de handicap se retrouvent généralement les plus pauvres parmi les pauvres.
Un déni du Droit et des conventions internationales !
Chaque enfant a le droit, indépendamment de son handicap, de bénéficier d'une éducation de qualité. En 2006, la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CRDPH) a imposé l'éducation inclusive comme principal mécanisme d'application du droit à l'éducation des enfants handicapés.
En septembre 2013, 133 pays ainsi que l'Union européenne ont ratifié la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées – et 23 autres pays l'ont signée mais ne l'ont pas encore ratifiée. L'engagement en faveur de l'éducation inclusive constitue une obligation légale aux termes de l'article 24 de la CRDPH.
On peut définir l'éducation inclusive comme la possibilité pour tous les enfants de s'instruire ensemble dans des classes normales de leur localité ou leur communauté, quels que soient leurs capacités ou leurs handicaps, à l'aide de méthodes d'enseignement, de matériels pédagogiques et d'un environnement scolaire répondant aux besoins de toutes les filles et tous les garçons. Il est essentiel de créer des systèmes d'éducation inclusifs afin d'améliorer la qualité de l'éducation et d'appliquer les droits humains à tous les enfants, en élevant les normes éducatives et en contribuant à répondre à d'autres formes de marginalisation.
Rendre les écoles et les salles de classe accessibles et adaptées à tous impliquera également d'investir dans des équipements et des matériels pédagogiques accessibles et appropriés, ainsi que dans des infrastructures accessibles. Veiller à disposer pour tous d'un nombre suffisant d'enseignants formés de manière appropriée exigera également d'importants investissements pour recruter davantage d'enseignants qui sont préparés et formés correctement, et qui sont accompagnés pour travailler de manière inclusive, avec l'appui d'un enseignement spécialisé si nécessaire.
Une étude réalisée en 2007 par l'Internationale de l'Éducation a révélé que de nombreux enseignants ont exprimé des inquiétudes au sujet de l'inclusion en raison d'un manque de formation et de perfectionnement professionnel, ainsi que de l'absence d'équipements et d'autres ressources pédagogiques. Il est essentiel d'encourager et de former les enseignants à adopter une pédagogie inclusive.
L'Italie est la seule nation en Europe où la quasi-totalité des enfants handicapés (plus de 99 %) est scolarisée dans le système scolaire général.
En dépit de cet engagement, l'exclusion des enfants handicapés de l'éducation normale demeure profonde et seuls quelques pays disposent de la législation nationale, des politiques, des objectifs et des plans adéquats pour mettre en place l'éducation inclusive des enfants handicapés. Même lorsque les gouvernements mettent en vigueur des politiques ou une législation nationale, la mise en œuvre via des politiques, des stratégies et des plans concrets reste limitée, et le financement de l'éducation inclusive pour tous est extrêmement faible.
On craint généralement le coût élevé de l'éducation inclusive, mais ce n'est pas toujours le cas. Par exemple selon une étude, rendre les bâtiments accessibles représente moins de 1 % du coût total de la construction, alors que les coûts générés par deux systèmes scolaires – c.-à-d. normal et « spécial » – peuvent s'avérer bien plus élevés. Un rapport de l'OCDE estime que le placement des élèves présentant des besoins éducatifs spéciaux dans des établissements spécialisés représentait en moyenne un coût sept à neuf fois supérieur par rapport à la scolarisation dans des écoles classiques.
L’éducation : une solution pour changer les représentations sur le handicap
Enfin, les attitudes sociales constituent pour les enfants handicapés un puissant vecteur de marginalisation et d'exclusion de l'éducation. Des attitudes négatives vis-à-vis des capacités des enfants handicapés limitent leurs chances d'être scolarisés dans une quelconque école.
Les mesures politiques doivent également être renforcées avec des campagnes de sensibilisation de l'opinion publique afin de s'attaquer aux préjugés souvent solidement ancrés à l'encontre de projets éducatifs en faveur d'enfants handicapés, et qui opèrent comme une puissante barrière à la scolarisation d'un grand nombre d'entre eux.