A l’occasion de son 16e anniversaire, Malala Yousafzai a prononcé un discours aux Nations Unies rappelant le droit à l’éducation pour toutes et tous et appelant une nouvelle fois tous les gouvernements à assurer une éducation de qualité équitable pour tous et en particulier pour les filles.
Malala a survécu à une tentative d’assassinat au Pakistan organisée par les Talibans en octobre dernier. Elle a reçu une balle tirée à bout portant, alors qu'elle s'installait dans un bus avec ses amies pour rentrer de l'école, à Mingora, dans la vallée de Swat. Blessée à l’épaule et à la tête, la jeune fille est soignée au Pakistan puis elle est transférée en Angleterre où elle y subit une opération à la tête.
Malala a été visée par les talibans car elle avait appelé sans détour à ce que les filles puissent se rendre à l'école, après la prise de la vallée de Swat par les talibans en 2009 et leur ordre officiel de fermer toutes les écoles. Dès l’âge de 11 ans, elle alimentait régulièrement un blog dans lequel elle racontait comment était la vie dans une zone contrôlée par les talibans, en expliquant qu'elle-même et ses amies craignaient de n'avoir aucun avenir car elles ne pouvaient pas se rendre à l'école et en insistant sur l’importance de l’éducation pour tous, et particulièrement pour les filles.
"Prenons nos livres et nos stylos. Ce sont nos armes les plus puissantes. Un enfant, un enseignant, un stylo et un livre peuvent changer le monde. L'éducation est la seule solution", tels ont été les propos de la jeune fille, s'exprimant pour la première fois en public depuis son agression. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, l’ancien Premier ministre britannique Gordon Brown, envoyé spécial de l’ONU pour l’éducation, et plusieurs centaines de jeunes de 12 à 25 représentant 85 pays étaient présents dans la salle.
Dans son discours, Malala a expliqué qu’au lieu de la réduire au silence, cette attaque n’a fait que renforcer sa détermination de poursuivre son combat en faveur de l'éducation des filles. La jeune adolescente a ajouté qu'elle ne "détestait pas" le taliban qui lui a tiré dessus, prônant la non-violence et se réclamant de l'héritage de Gandhi, de Nelson Mandela ou encore Martin Luther King : « C'est un honneur pour moi de parler à nouveau après une si longue absence...je ne parle pas en mon nom mais au nom de ceux qui ne peuvent pas se faire entendre…Les talibans ont cru que les balles allaient nous réduire au silence, mais ils ont raté leur coup. Ce silence a donné naissance à des milliers de voix…Les terroristes ont cru qu'ils allaient pouvoir changer mes buts et stopper mes ambitions… mais rien n'a changé dans ma vie, à l'exception de ceci: Faiblesse, peur et désespoir sont morts...pour donner naissance à de la force, de la bravoure, du courage ! (…)Je ne suis pas ici pour parler de revanche personnelle contre les talibans (..) je suis ici pour défendre le droit à l’éducation pour tous les enfants (…) Je veux l'éducation pour les fils et filles des taliban et de tous les terroristes et extrémistes.
Si Malala Yousafzai a sans nul doute payé un prix terrible pour que la question du droit à l'éducation des filles réside au cœur des priorités de la communauté internationale en matière d'éducation, elle est en outre probablement parvenue à sensibiliser le monde entier à la crise traversée par l'éducation, comme personne avant elle. Devenue une icône de la résistance aux talibans, l’adolescente figure parmi les candidats en lice cette année pour le prix Nobel de la paix.
A la fin de son discours, Malala Yousafzai a présenté à Ban Ki-moon une pétition signée par quelque 4 millions de personnes pour venir en aide aux enfants du monde privés d'école et rappeler aux gouvernements leurs engagements pris notamment à Dakar en faveur de la scolarisation universelle d’ici à 2015.
Le combat continue toujours : En 2010, 61 millions d'enfants en âge de fréquenter l'école primaire n'étaient pas scolarisés (131 millions en incluant les enfants du secondaire). 53% des enfants non scolarisés étaient des filles, contre 58% en 2000 (données UNESCO). Néanmoins, les plus grandes disparités existent entre les filles des zones rurales et les garçons des zones urbaines.
A l’instar de Malala, mobilisons nous en faveur du droit à l’éducation pour toutes et tous !
Retrouvez l’allocution de Malala (en anglais) dans son intégralité ici
Retrouvez ici l’interview de HE Abdul Basit, Ambassadeur du Pakistan en Allemagne, réalisée par la coalition allemande de la Campagne mondiale pour l’éducation (en anglais)